Les lances

 La lance est certainement l’une des plus vieilles armes de l’humanité. La bible de Maciejowski (voir la page de liens), en montre divers exemples.

A  l’origine, cette arme devait se résumer à un simple pieux de bois dur, taillé (ou râpé) en pointe à un bout. À l’époque qui nous intéresse, le fer s’est depuis longtemps imposé à la pointe des lances. Par contre, le manuscrit ne montre pas de talon métallique à l’autre bout.

Le manuscrit présente plusieurs formes de fers de lances. Ces formes sont sans doute liées à leur but d’utilisation, tout comme les pointes de flèches le sont.

Ainsi, l’on trouve des lames de forme triangulaires dont les larges ailettes tranchantes ont pour but de créer des plaies à fort pouvoir hémorragique, afin d’incapaciter rapidement l’adversaire en cas d’estoc.

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  • Ce modèle est très répandu dans le manuscrit.
  • Cette forme purement triangulaire est certes efficace contre de la chair nue ou couverte de vêtements simples, mais contre des protections matelassées ou métalliques (maille, casques), une pointe plus acérée et solide est nécessaire.
  • La pointe suivante combine donc le pouvoir tranchant des ailettes avec le pouvoir perforant d’une pointe de section ronde. Cette forme de fer semble aussi répandue, voire plus, que le premier modèle.

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  • Pour un meilleur pouvoir pénétrant les ailettes peuvent être complètement abandonnées. De la sorte, il était plus commode de forcer ou passer à travers les anneaux d’une cotte de mailles. Par contre cette pointe faite pour l’estoc pur, et abandonnant les possibles coups de taille, semble très rare. Je ne l’ai remarquée qu’une fois dans les images dont je dispose.

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  • Conjointement à ces modèles, une forme de fer un peu plus étonnante était aussi utilisée :

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  • Ce fer est peu répandu, mais pas exceptionnel dans le manuscrit. La présence d’une ailette unique, laisse penser à une utilisation de taille de ce type de fer. Surtout pour le premier exemple avec le tranchant courbe.
  • Le second fer plus acéré permet de combiner un fort pouvoir pénétrant avec le pouvoir tranchant du modèle triangulaire « basique ».
  • Pour l’escrime avec ce dernier type de lance, il semble raisonnable de penser que la présence, plus ou moins discrète, de « détrompeurs » sur la hampe de la lance pouvait (tels les « menuki » coincés dans le laçage des poignées des sabres japonais) permettre de savoir au toucher, et en permanence comment était orientée la partie tranchante de l’arme. Ceci en évitant d’avoir à quitter l’adversaire des yeux.
  • Mais ceci n’est qu’une supposition d’ordre pratique, car rien dans les illustrations ne permet de l’affirmer.
  • Sur les enluminures, tout ces différents types de lances cohabitent ensemble au sein des mêmes unités.

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  • Concernant l’assemblage de ces armes, certains fers sont clairement maintenues par des clous ou rivets, tandis que d’autres semblent juste collées ou assemblées en force (si toutefois le rivet n’a pas été simplement omis de l’illustration, ou est caché dans cette vue).

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  • Outre leur fonction offensives, les lances ont aussi une fonction de signalisation ou de décoration.
  • Ainsi on trouve fréquemment des groupes de lances équipées de petits fanions à deux pointes :

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  • L’attache du tissu sur la hampe parait être fait par l’intermédiaire de simple ligatures et non de clous.

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  • Peut être, afin de plus facilement enlever ce fanion pour le laver, le récupérer sur une lance cassée, ou encore; le changer ou l’enlever si il n’est pas utile comme signe de ralliement à une autorité supérieure à son utilisateur.
  • En tête de troupes apparaît parfois ce qui semble s’apparenter à un étendard :

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  • Lui aussi est fixé à la hampe par des ligatures.Contrairement aux fanions, qui ne présentent pas de motifs héraldiques (si ce n’est certains qui sont colorés), les étendards sont eux décorés.
  • Voici quelques exemples avec leur description héraldique.
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D’argent ausautoir de sinople.                        D’argent au lion d’or
  • Le motif un peu effacé du lion est assez étonnant si il est bien de couleur « or », car cela enfreindrait la rège héraldique interdisant que deux métaux (ou émaux) soient cote à cotes. Ceci dit, ces règles n’étaient peut être pas totalement fixées à l’époque, ou alors ce blasonnement est plus ancien que ces règles. En ce cas, il n’y a plus de « problème ». En effet de nombreux « vieux » blasons enfreignent allègrement cette règle. (les deux traits courbes sont la vue en transparence du décor du fond de l’enluminure).

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A – D’argent aux 3 quintefeuilles de sable posés en pal, la dernière renversée.

B – De gueule au 6 jumelles d’argent accostées de 7 tourteaux de gueule bordés d’argent.

C – De sinople aux 3 couronnes de même bordées d’argent,posées en pal.

D – De gueule aux 3 quintefeuilles d’argent

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