La broderie est un art ancien en France. On brodait en Gaule, et fort habilement s’il faut en croire Pline. La chute de l’empire romain ne freina en rien cet art. L’église et ses prélats en furent ses protecteurs et mécènes dès le début de l’époque mérovingienne en encourageant la réalisation d’ouvrages luxueux pour les décorations et les cérémonies religieuses. La broderie devint au même titre que les sculptures, fresques et vitraux un média religieux et historique important. Ce fut au sein des monastères qu’enluminure et broderie se développèrent, art si proche qu’il arrivait que les brodeuses appartiennent à la corporation des enlumineurs et que certains ateliers offraient les deux services. La broderie fut aussi l’apanage des dames de la cour, parmi elles la soeur de Charlemagne qui enseigna cet art dans les monastères qu’elle fonda.brod1

Plus largement à cette époque où l’étoffe tient une grande place dans l’ameublement des châteaux, tout se brode, même les reliures des livres qui deviennent des oeuvres d’art en elles même. Les motifs s’émancipent de plus en plus tant en style qu’en genre, dominé vers le début du XIIIe siècle par les végétaux. C’est aussi la grande époque des escarcelles ou aumônières, un objet utilitaire qui devient une parure réalisées par des brodeuses spécialisées, les faiseuses d’aumônières. On dit que ce furent deux aumônières qui causèrent la chute de Marguerite et Blanche de Bourgogne, belles-filles de Philippe le Bel. S’étant vues offrir des aumônières de grand prix par leur belle soeur Isabelle de France, reine d’Angleterre, elles les offrirent à leurs amants les frères d’Aunay qui les gardèrent à leur ceinture, trahissant leur liaison et signant la perte des deux couples.

Fortement marqué de l’influence des broderies byzantines au début du moyen-âge, la broderie s’en émancipe en style comme en utilisation. A partir du XIe siècle les croisés ramènent des vêtements brodés et leurs accessoires, mais aussi des équipements luxueusement brodés pour les chevaux. Parallèlement l’émergence et le développement des armoiries donnent un nouveau brod33débouché créatif tant pour les figures que pour les points de broderie, les brodeuses allant même jusqu’à développer une technique spéciale pour les bannières.

En 1294 Philippe le Bel passe une loi qui entend réserver l’usage de la broderie aux princes du sang, mettant un frein relatif à son expansion, car la loi est inapplicable et est rapidement inappliquée. Les broderies existent partout et à tous les échelons sociaux, seuls les matériaux changent.

Le matériel de la brodeuse reste le même au fil des siècles, les différences avec la broderie moderne sont infimes : Un métier à broder, cadre de bois où est fixé le tissu, avec ou sans pieds (le tambour (ou cerceau) n’existait pas au Moyen Age quoi qu’en pense Hollywood) Des petits ciseaux (ou forces) qui jusqu’à l’apparition de la vis gardent la forme d’une pince et qui sont pendus à la ceinture de la brodeuse, allant jusqu’à l’accompagner dans sa tombe Un dé à coudre et une aiguille dont la forme n’a pas changé en dépit des siècles, la matière dépendant seulement de la richesse de leur propriétaire : bois, os ou ivoire.

Texte par Caroline T.

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